L’Europe en panne

Comment lutter contre le chômage tout en corrigeant les déséquilibres au niveau national en matière d’endettement et de solde budgétaire ? C’est le débat qui attise les passions en Europe, en France et qui fracture le parti socialiste.

Pour les uns, dont François Hollande et Manuel Valls, favorables à la « politique de l’offre », la priorité consiste à envoyer des signaux positifs aux entreprises (baisses des impôts, des charges et des contraintes administratives, modération des salaires) avec l’espoir que la sphère industrielle se mette à produire davantage, à investir et donc à embaucher.

Pour les autres, Montebourg et aile gauche du PS, tenants de la « politique de la demande », il faut augmenter le pouvoir d’achat, réduire la fiscalité des ménages, et libérer la dépense publique, afin de créer un surcroît de demande.

Or à court terme, la politique de l’offre comme celle de la demande provoquent une réduction des recettes fiscales, celles issues des entreprises dans un cas, celles provenant des ménages dans l’autre, ayant pour effet une réduction des recettes de l’État, avant que, si tout se passe bien, la relance économique ne suscite, dans un deuxième temps, un regain des recettes fiscales.

Mais le bon sens indique que l’offre sans la demande, ou la demande sans l’offre ne mènent pas loin. Si l’on conjuguait donc, comme c’est souhaitable, politique de l’offre et politique de la demande, l’effet d’étranglement pour les comptes publics serait encore plus brutal à court terme.

Comment sortir de cette impasse ?

Selon Stiglitz et Piketty, qui dénoncent le creusement vertigineux des inégalités de revenus entre ceux qui vivent de « l’économie réelle » (ouvriers employés petits entrepreneurs) et ceux qui vivent des rentes de la finance, c’est la boulimie de la sphère spéculative qui provoque l’atonie de la sphère productive.

Dans leur optique, la voie du salut passe par une vigoureuse taxation des rentes et des transactions spéculatives, accompagnée d’une régulation plus forte du secteur de la finance et d’une action volontariste en matière monétaire et de crédit : on génère ainsi de nouveaux revenus pour la sphère publique, qui peuvent être redistribués. Cela permet un surcroît de demande et cela rend possible une moindre pression fiscale sur la sphère productive. Quadrature du cercle : l’offre plus la demande, sans la dégradation du solde budgétaire et de l’endettement.

Or en Europe, les actions nécessaires à ce cercle vertueux ne sont imaginables qu’au niveau de l’Union. Les banques centrales nationales n’ont en effet plus barre sur la politique monétaire et de crédit dans la zone euro : c’est la BCE qui gouverne ; d’autre part un Etat qui déciderait seul et hors de toute coordination européenne, d’alourdir sa fiscalité sur la sphère financière serait rapidement contraint à céder, face à la menace d’exode massif des institutions financières et des grandes fortunes vers les États les plus laxistes.

La particularité de l’Europe, c’est donc que les déséquilibres budgétaires et le surendettement concernent les Etats (le budget de l’Union européenne est quant à lui à l’équilibre et son endettement est quasiment nul), alors que le niveau pertinent pour agir en matière fiscale, monétaire et de crédit est celui des institutions de l’Union.

Tout se passe donc comme si les gouvernements nationaux n’avaient d’autre possibilité que d’actionner le frein, alors que la pédale de l’accélérateur n’était accessible qu’aux responsables européens… qui ne pensent qu’à freiner. Comment le véhicule européen pourrait-il donc avancer ?

Pour éviter la panne, l’Union européenne doit accéder à des compétences accrues en matière budgétaire et fiscale. Il n’y a pas d’autre issue crédible que de reconnaître la nature fédérale de la construction européenne. Dans ce cas seulement, les institutions européennes pourront disposer des moyens et de la légitimité nécessaires à l’exercice de la régulation de la sphère financière. Elles pourront accéder à de nouvelles ressources budgétaires, leur permettant de jouer pleinement le rôle moteur qui fait actuellement cruellement défaut, redonnant ainsi des marges de manœuvre aux États.

Mais les partisans de la politique de la demande sont-ils prêts à cette révolution culturelle, contraire à leur réflexes souverainistes ou euro-sceptiques ? Eux qui présentent l’Allemagne en bouc émissaire, seront-ils enclins à la rejoindre dans la recherche d’une union politique européenne ?

 

10 Comments

  1. Moi, je suis pour la réduction de la dette. Pour cela, il faudrait peut-être appliquer une politique d’austérité. En effet, il faut réduire les dépenses budgétaires, tout en favorisant les recettes. Quant au chômage, il faudrait peut-être réveiller les esprits entrepreneurials des jeunes.

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  2. Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / june.fr

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    1. Jean-Luc Delpeuch 11 juin 2015 at 3:08

      Merci de votre message. Oui, la question européenne est passionnante, c’est un des grands enjeux du moment.

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  3. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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    1. Jean-Luc Delpeuch 30 août 2015 at 1:27

      Merci de vos encouragements !

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  4. Ce qu’il faudrait, c’est une vision à long terme, quelque chose qui soit suivi par les gouvernements sur 20 ans. Là on pourrait changer les choses sur le fond, et non sur la forme.

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  5. Merci pour ce partage, c’est pas mal du tout. Je m’occupe de la partie actu pour la ville de la Rochelle et je ne vais pas hésiter à relayer votre article. Cordialement.

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    1. Jean-Luc Delpeuch 1 mai 2016 at 12:30

      Votre intérêt me touche. En tant que responsable de collectivité territoriale, vous pourrez prendre également connaissance du post du 1er mai 2016 : « Construire l’Europe des démocraties locales ». Au plaisir de poursuivre l’échange. Cordialement.

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  6. L’Europe est un modele de reussite, qui a unifie un continent morcele. L’euro est bien accepte dans le monde , malgre les tentatives des economistes americains de nier son succes depuis sa creation. Mais la croissance economique de l’ Europe est a l’arret depuis la crise financiere , et le chomage des jeunes est eleve.

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  7. L’Europe est un modele de reussite, qui a unifie un continent morcele. L’euro est bien accepte dans le monde , malgre les tentatives des economistes americains de nier son succes depuis sa creation. Mais la croissance economique de l’ Europe est a l’arret depuis la crise financiere , et le chomage des jeunes est eleve.

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