Sancho Panza

Depuis quelques mois, la saga présidentielle française sature la chronique politique : la bal des ambitions se donne en spectacle.

Ce théâtre a-t-il du sens au-delà du cercle des impétrants et des journalistes ? La comparaison des programmes, des curriculum vitae et des traits de caractères des candidats doit-elle polariser à ce point le débat politique ? Pourquoi passe-t-on, à chaque élection présidentielle, de l’espoir de lendemains qui chantent à une profonde déception, puis à une franche détestation de la classe politique ? L’élection ne consiste-t-elle qu’à tenter d’éviter le pire ?

A quelque niveau que ce soit (municipal, intercommunal, départemental, régional, national, européen ou global), du fait de la globalisation et parce que des phénomènes nouveaux, encore totalement ignorés il y a quelques décennies comme le changement climatique, la protection des données personnelles, la menace terroriste, le niveau abyssal des inégalités, la décision politique est un univers de complexité croissante, dans lequel aucun individu, aussi éclairé soit-il, ne peut prétendre détenir, par lui-même, la solution à chacun des problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées.

A tous les niveaux, la « gouvernance » publique est par essence et devrait être dans la pratique un processus collectif. Il n’y a plus guère que dans la monarchie républicaine à la française qu’on se berce de l’illusion désuète du pouvoir personnel en politique. Ce qu’on devrait attendre d’un chef d’état, c’est qu’il veille au bon fonctionnement des institutions, afin que du débat naissent des choix et des décisions.

En outre, chacun peut comprendre que le niveau national n’est apte et légitime à régler ni les problèmes locaux, ceux-ci doivent être gérés dans les collectivités locales, ni les questions globales, qui transcendent les frontières nationales et même les continents. Tenir tête aux multi-nationales ou réguler la pression migratoire ne peut se faire exclusivement au niveau national : sur ces questions, l’action efficace doit être construite et menée aux niveaux européen ou international.

Or la figure du monarque républicain, exerçant son droit régalien sur son « pré carré » empêche simultanément la construction d’une Union européenne crédible, et la maturation de la démocratie de proximité. Si l’Europe est si faible dans les domaines où elle serait la plus légitime (diplomatie et défense), c’est que le monarque républicain français n’entend pas « céder à Bruxelles » la substance de son « pouvoir ». Il y a quelque chose de Donquichottesque à cette posture.

Et nous sommes les Sancho Panza de l’histoire, conscients du caractère fantasmatique voir délirant des discours qui nous sont tenus, sans savoir comment sortir de ce mauvais rêve.

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