Le pire n’est jamais sûr

La théorie des dominos l’avait pourtant prédit : après le Brexit et l’élection de Trump, l’extrême-droite ne ferait qu’une bouchée de la petite Autriche, exposée aux flux migratoires, coincée entre les régimes autoritaires d’Europe centrale et orientale.

Or c’est le contraire qui s’est passé : après une campagne électorale ouvertement pro-européenne, le candidat écologiste à la présidence de la république autrichienne, Alexander Van der Bellen, l’a nettement emporté (53,3 % contre 46,7%, soit plus de 6,5 points d’avance) sur son rival populiste et xénophobe, Norbert Hofer, allié des « patriotes » Geert Wilders et Marine Le Pen.

Cette élection montre en particulier que le rejet des partis politiques traditionnels n’est pas à confondre avec le rejet du projet européen. Les résultats autrichiens démontrent aussi que la recherche d’un sens à la politique peut profiter à d’autres formations qu’à celles de l’extrême droite. En l’occurrence, les écologistes disposent d’atouts certains : par contraste avec les partis socio-démocrates, libéraux ou chrétiens-démocrates, ils n’incarnent pas le « vieux monde » de la politique et offrent des réponses inédites aux menaces qui pèsent sur l’avenir.

Pour peu que ces formations soient capables de porter leurs candidats jusqu’au deuxième tour d’une élection majeure, législative ou présidentielle. Or c’est souvent le problème, notamment en France: au lieu de participer à des primaires, qui leur donnerait l’occasion de faire connaître leurs valeurs et leur programme, de concourir à une stratégie d’alliance en vue des législatives qui suivront, les écologistes s’enferment dans des tactiques microcosmiques, qui les coupent de toute possibilité de peser sur le réel.

Ce qui vient de se passer en Autriche doit être source d’espoir et d’inspiration pour construire une Europe des citoyens.

A l’époque, savaient-ils ?

Un matin du mois de septembre 2029, vous découvrez que l’eau ne coule plus au robinet. A la fontaine publique vers laquelle vous vous précipitez, une foule attend déjà, bidons à la main. Renseignement pris, cette eau n’est pas potable. A la grande surface, les rayons d’eau minérale sont déjà vides.

Dans la journée, la mairie vous informe que le niveau des nappes est tellement bas que le réseau d’adduction n’est plus en mesure de fournir partout : des distributions auront lieu par camion-citerne, chaque foyer ayant un droit de tirage au prorata du nombre des membres de la famille, sur justificatif.

Au bout de quelques semaines sans amélioration de la situation, la vie quotidienne devient lourde, la propreté urbaine n’est plus correctement assurée, le prix des produits frais explose, il se murmure que des épidémies se développent. L’approvisionnement électrique devient sporadique, les centrales nucléaires et thermiques ayant été mises en veille par défaut de refroidissement. Les incendies de forêt se multiplient. Les tensions deviennent palpables entre les habitants.

Après quelques mois de réflexion, votre décision est prise. Vous allez quitter votre domicile pour rejoindre une région plus septentrionale, où l’eau et l’énergie restent abondantes : la Scandinavie, l’Islande, le Groenland, le Canada, l’Alaska ou la Sibérie, que le changement climatique a rendus plus hospitaliers.

C’est la Norvège que vous choisissez, même si les liaisons avec ce pays sont devenues précaires, du fait de l’afflux considérables de migrants. Le gouvernement nationaliste d’Oslo a instauré un contrôle strict aux frontières, notamment vis-à-vis des ressortissants des pays de l’ancienne Union européenne. Les tarifs pratiqués par les passeurs pour une entrée clandestine sur le territoire, depuis le Danemark ou le nord de la République indépendante d’Écosse, sont prohibitifs ; la sécurité de la traversée n’est pas garantie. Plusieurs connaissances ou membres de votre famille ont péri lors de tentatives de traversée. D’autres sont arrivés à destination, mais y vivent dans la clandestinité.

Ce scénario, vous l’imaginez difficilement pour vous. Et pourtant, depuis plusieurs années, tel est le sort d’innombrables habitants du Moyen-Orient et d’Afrique : la cause première des guerres et des misères qui les font fuir la terre de leurs ancêtres n’est ni la haine ethnique ni le fanatisme religieux : c’est le tarissement des ressources en eau et l’aridification des terres. Ces migrants de la soif sont suivis des habitants des littoraux, chassés par la montée du niveau des océans. Les populations du sud puis du nord du bassin méditerranéen, dont nous, leur emboîterons le pas, demain.

Pas besoin d’une imagination débridée pour prédire cet avenir : il est abondamment et éloquemment décrit et documenté par les études d’experts.

Nos enfants et nos petits-enfants s’interrogeront un jour : « à l’époque, nos anciens étaient-ils conscients de ce qui se passait ? Pourquoi n’ont-ils pas réagi plus tôt ? Défaut d’information ? Insouciance ? Irresponsabilité ? »

Oui, comment expliquer notre aveuglement face à la tragédie vécue par des personnes que nous croisons pourtant dans la rue ? Pourquoi ne sommes nous pas capables d’entendre leurs témoignages ? Pourquoi ne parvenons-nous pas à comprendre le lien entre grandes migrations et changement climatique ? Jusqu’à quand resterons-nous les bras ballant face aux deux phénomènes, pourtant si intrinsèquement imbriqués ?

Sancho Panza

Depuis quelques mois, la saga présidentielle française sature la chronique politique : la bal des ambitions se donne en spectacle.

Ce théâtre a-t-il du sens au-delà du cercle des impétrants et des journalistes ? La comparaison des programmes, des curriculum vitae et des traits de caractères des candidats doit-elle polariser à ce point le débat politique ? Pourquoi passe-t-on, à chaque élection présidentielle, de l’espoir de lendemains qui chantent à une profonde déception, puis à une franche détestation de la classe politique ? L’élection ne consiste-t-elle qu’à tenter d’éviter le pire ?

A quelque niveau que ce soit (municipal, intercommunal, départemental, régional, national, européen ou global), du fait de la globalisation et parce que des phénomènes nouveaux, encore totalement ignorés il y a quelques décennies comme le changement climatique, la protection des données personnelles, la menace terroriste, le niveau abyssal des inégalités, la décision politique est un univers de complexité croissante, dans lequel aucun individu, aussi éclairé soit-il, ne peut prétendre détenir, par lui-même, la solution à chacun des problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées.

A tous les niveaux, la « gouvernance » publique est par essence et devrait être dans la pratique un processus collectif. Il n’y a plus guère que dans la monarchie républicaine à la française qu’on se berce de l’illusion désuète du pouvoir personnel en politique. Ce qu’on devrait attendre d’un chef d’état, c’est qu’il veille au bon fonctionnement des institutions, afin que du débat naissent des choix et des décisions.

En outre, chacun peut comprendre que le niveau national n’est apte et légitime à régler ni les problèmes locaux, ceux-ci doivent être gérés dans les collectivités locales, ni les questions globales, qui transcendent les frontières nationales et même les continents. Tenir tête aux multi-nationales ou réguler la pression migratoire ne peut se faire exclusivement au niveau national : sur ces questions, l’action efficace doit être construite et menée aux niveaux européen ou international.

Or la figure du monarque républicain, exerçant son droit régalien sur son « pré carré » empêche simultanément la construction d’une Union européenne crédible, et la maturation de la démocratie de proximité. Si l’Europe est si faible dans les domaines où elle serait la plus légitime (diplomatie et défense), c’est que le monarque républicain français n’entend pas « céder à Bruxelles » la substance de son « pouvoir ». Il y a quelque chose de Donquichottesque à cette posture.

Et nous sommes les Sancho Panza de l’histoire, conscients du caractère fantasmatique voir délirant des discours qui nous sont tenus, sans savoir comment sortir de ce mauvais rêve.

Plébiscite de tous les jours

Les commentaires sont innombrables sur les causes, les conséquences et les risques du Brexit.

Mais certains aspects de cet événement important me semblent avoir été peu discutés.

La décision de quitter l’Union, souhaitée par la majorité des électeurs britanniques et surtout, le fait que les institutions de l’Union et les autres Etats membres n’aient à aucun moment contesté la légitimité de cette intention, illustrent le fait que la construction européenne est bien la rencontre de volontés et non un projet impérialiste décidé par le haut. L’existence de l’article 50 permettant à un Etat de demander sa sortie est la marque claire de ce caractère volontaire. Cela peut paraître banal, mais on sait combien les processus de sécession ont, trop souvent dans l’histoire, eu des tours dramatiques, parfois guerriers ou violents.

Le deuxième élément de réflexion lié au Brexit est la question du « peuple européen ». Pour les eurosceptiques, l’inexistence d’un peuple européen rend impossible la construction d’une Europe démocratique. Or ce qui est en train de se passer au Royaume-Uni devrait conduire à remettre en cause ce qui ressemblait jusqu’à présent à une évidence. A l’intérieur du Royaume-Uni, le résultat du référendum est vécu comme un drame par des régions entières. Les signes d’attachement passionnel à l’Union européenne ne sont plus des faits individuels isolés.

Au moment où le risque de perte de la citoyenneté européenne devient majeur, la revendication au passeport européen prend des proportions inimaginables auparavant, notamment entre les deux parties de l’Irlande.

Mais c’est aussi dans les autres pays de l’Union qu’assistant à qui est en train de se jouer outre-Manche, les citoyens prennent conscience de leur attachement aux valeurs qui sous-tendent et inspirent la construction européenne. Au point que le risque de voir le Brexit ouvrir des boulevards aux eurosceptiques d’autres pays européens semble s’inverser : le chaos qui atteint le Royaume-Uni amène à prendre conscience du caractère structurant de la construction européenne.

Au-delà de tous ces éléments, c’est la question de la légitimité des Etats-Nations qui est posée avec les contrecoups du Brexit. La majorité des citoyens britanniques a-t-elle le pouvoir d’imposer ses vues à la majorité des Ecossais ou des Irlandais du Nord ? Ceux-ci sont-ils plus Britanniques qu’Européens ?

Cette question pourrait fort bien se transposer dans de nombreux autres états européens si d’aventure l’idée s’y organiser un référendum gagnait les esprits. Il est probables que les résultats différeraient très sensiblement d’une région à l’autre d’un même pays et que la question de l’articulation ou du conflit entre appartenance régionale, appartenance nationale et appartenance européenne se poserait en des termes très passionnels et potentiellement conflictuels.

Dans « Qu’est-ce qu’une nation ? », Renan définissait la citoyenneté comme un plébiscite de tous les jours. Ce plébiscite permanent est dorévanant ouvert et pas seulement au Royaume-Uni : la réponse que les habitants de l’Europe lui apporteront est loin d’être écrite à l’avance.

Construire l’Europe des démocraties locales

L’Europe, c’est une mosaïque de territoires d’une grande variété, dont la diversité et la multiplicité est un formidable réservoir de dynamisme, d’énergie et d’innovation, où l’Europe doit puiser les ressources nécessaires pour surmonter les diverses crises qu’elle traverse aujourd’hui.

La construction européenne permet certes aux États d’atteindre la masse critique nécessaire pour peser dans le monde ; mais cette démarche de passage à l’échelle continentale comporte nécessairement des risques de lourdeur et d’éloignement à l’égard des citoyens. A l’heure où les partis politiques nationaux sont de plus en plus remis en cause, où les discours traditionnels des professionnels de la politique paraissent de plus en plus « hors sol », la vitalité des démocraties locales et la légitimité des élus de proximité peut contrebalancer les risques d’un épuisement du jeu démocratique national, devenu stéréotypé : la diversité des territoires constitue la meilleur antidote à l’essoufflement des démocraties nationales.

Pour toutes ces raisons, l’échelon local est un niveau légitime et particulièrement propice à l’innovation en matière de biens et services collectifs. C’est aussi un niveau où les circuits de concertation et de décision sont plus courts et permettent une dynamique d’adaptation rapide.

Or, pour gérer leurs territoires de façon innovante, élus et acteurs de la vie locale dans toute l’Europe ont intérêt à dialoguer entre eux, pour rechercher des solutions au-delà de leurs références locales ou nationales, pour réaliser qu’ailleurs en Europe, on fait autrement.

Il n’existe pas aujourd’hui, au niveau européen, de lieux où se pratique systématiquement et de manière approfondie :
– formation, recherche et innovation par l’action sur les sujets de politique territoriale dans une perspective européenne, avec un accent particulier sur les interactions entre les niveaux locaux et le niveau européen
– échange d’expériences et de bonnes pratiques en matière des politiques publiques locales à l’échelle de l’Union européenne
– développement et animation des réseaux professionnels européens dans le monde des quelques 91.000 collectivités territoriales que compte l’Union.

C’est pour combler cette lacune que plusieurs personnalités européennes se sont mobilisées pour parrainer le projet du « Collège européen des démocraties locales et de l’innovation territoriale », également dénommé « Collège européen de Cluny » (collegecluny.eu). Leur appel sera lancé le 9 mai 2016, à l’occasion de la fête de l’Europe.

Ce projet est porté par l’association du Centre de Conférences Internationales de Cluny (CCIC), organisatrice depuis 15 ans à l’ancienne abbaye de Cluny de la « Convention des jeunes citoyens européens ». J’ai le plaisir d’animer l’équipe, composée de dix-neuf personnes de 8 nationalités, qui a imaginé le Collège européen de Cluny et qui prépare le lancement de son activité de formation et de recherche en 2017.

COP 21 : village global

Cent quatre vingt quinze gouvernements qui parviennent à s’entendre sur le fait que le réchauffement climatique est une réelle menace pour l’humanité, que des changements profonds de modèle de développement sont urgemment nécessaires, que les pays les plus industrialisés portent une responsabilité vis-à-vis des autres, que des mécanismes de solidarité doivent être mis en œuvre : voilà un moment important dans l’histoire !

Pour la première fois, l’ensemble des gouvernements reconnaît l’existence d’un bien commun : l’atmosphère, qu’il faut à tout prix protéger d’une dégradation fatale. Face à la nécessité de préserver ce bien commun, chaque État doit accepter de reconsidérer ses intérêts particuliers de court terme.

Mais l’accord, aussi spectaculaire soit-il, met en évidence l’importance du chemin qui reste à parcourir. Non seulement sur les plans économique et technique : comment atteindre concrètement les objectifs de réduction des concentrations en gaz à effet de serre ? Mais aussi en ce qui concerne la gouvernance mondiale. La COP 21 illustre les limites de la méthode intergouvernementale :
le processus de décision à l’unanimité freine et réduit l’ambition des décisions ;
l’absence de juridiction commune et d’exécutif commun prive les engagements d’un caractère réellement contraignant,
l’absence de représentation légitime des citoyens du monde et de leurs associations prive le processus d’une dynamique de progrès.

Avec les Nations Unies pour seule autorité, la planète bleue en reste au niveau archaïque d’une régulation impuissante, qui ne dépasse pas en moyens d’action ceux de la société des nations.

Il est urgent qu’émerge un débat de fond sur les institutions globales que la lutte contre le changement climatique rend nécessaires.

En attendant, ce n’est vraisemblablement pas au niveau des gouvernements nationaux que les progrès se réaliseront : c’est à celui des collectivités locales, régions, métropoles, territoires ruraux que les marges de manœuvre et la capacité d’agir reposent. Et ce sont les organisations non gouvernementales, les associations et les citoyens qui constituent l’âme du village global.

Grèce : le rappel de la démocratie

Les citoyens grecs ont clairement répondu par la négative à la question posée par leur gouvernement. Ils n’acceptent pas les conditions posées par l’euro-groupe pour poursuivre le soutien européen au système bancaire et à l’économie grecque.

S’agit-il pour autant d’un « oui » au retour à la drachme ? D’un « oui » à la sortie de l’Union ? « Non ! », répondent les électeurs interrogés à la sorite des urnes sur le sens de leur « non ». C’est également ce qu’indique Tsipras : le « non » est en réalité un « oui » massif à la poursuite de négociations, afin de trouver un accord. Le ministre grec des finances, partisan du « non » comme son premier ministre, tire quant à lui sa révérence pour ne pas être un obstacle à cet accord.

La balle est donc dorénavant dans le camp des institutions européennes et internationales, d’une part, mais surtout dans le camp des gouvernements des autres États de la zone euro.

Dans la confusion qui ne tardera pas, chacun analysant à sa façon le message envoyé par les électeurs grecs, il est crucial que des visionnaires se manifestent rapidement, parmi les dirigeants européens et, surtout, parmi les citoyens dans toute l’Europe, prêts à accepter un saut dans la gouvernance de l’Union et de la zone euro : c’est en sortant de la confrontation avec la Grèce, en prenant acte que le système a atteint ses limites, en admettant que le chaos grec pourrait rapidement devenir un chaos généralisé, qu’il faut enfin accepter de raisonner.

Un « oui » grec aurait sans aucun doute été plus confortable à court terme pour les tenants du statu quo, car il aurait permis de faire l’économie d’une réflexion fondamentale. Or le « non » grec est avant tout le refus de la lecture purement technique d’un problème politique. Oui, l’avenir de l’Union européenne est une question éminemment politique, qui nécessite courage et audace à court terme, et pas uniquement chez les Grecs.

Tous Grecs

La décision du gouvernement grec de soumettre à un référendum la décision à prendre par rapport à la zone euro est logique : les décisions attendues du gouvernement grec par ses partenaires ne correspondent pas au programme sur lequel la coalition en place a été élue.

Quoiqu’il en soit, le « non » ou le « oui » des citoyens grecs sera une réponse à une question mal formulée. Conçu en termes d’adaptation d’un Etat aux exigences du reste de la zone euro et du fonds monétaire international, le débat est en effet sans solution tenable : la Grèce ne pourra sortir de l’impasse par ses propres moyens.

Les efforts d’économie budgétaire nécessaires pour que la Grèce atteigne un excédent primaire lui permettant de rembourser progressivement l’énorme dette accumulée plongent durablement le pays dans la récession. Sans rééchelonnement ou réduction de la dette grecque, dont les créanciers partagent d’ailleurs une part de responsabilité, il n’y aura pas de solution durable au problème.

Or ce débat sur la restructuration de la dette ne concerne pas uniquement la Grèce. Il doit être conçu dans une approche plus ouverte, nécessairement accompagnée de mesures prises au plan national dans la durée, mais concernant également la solidarité budgétaire et fiscale et la gouvernance de la zone euro.

La crise grecque pose avec acuité la question d’une union monétaire qui n’est pas suffisamment accompagnée d’une capacité de décision et d’action. Il ne s’agit certes pas de créer un État européen intégré, une telle évolution n’étant pas adaptée à la diversité qui caractérise l’Europe et au rôle historique des institutions nationales.

La solution est à rechercher dans la logique du fédéralisme, qui conjugue l’unité d’action et la diversité des situations.

Ce débat nous concerne tous, et pas seulement les citoyens grecs.

Brexit : relance du projet européen ?

David Cameron annonce que le référendum britannique portant sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne aura lieu en 2016.

Le premier ministre de cet État traditionnellement eurosceptique, conditionnera son soutien personnel au maintien de son pays dans l’Union à des exigences non encore précisées, mais probablement difficilement acceptables par les autres États-membres. Quelle que soit l’issue de la renégociation puis du référendum, le débat du « brexit » aura des conséquence importantes, tant au Royaume-Uni que dans le reste de l’Union, mais pas nécessairement celles que l’on imagine.

Au Royaume-Uni, l’invitée cachée du débat est l’Écosse : pour elle, l’éventualité du brexit est synonyme de relance de la revendication d’indépendance, provisoirement ajournée par le résultat négatif du récent référendum. En effet, le parti nationaliste écossais, hégémonique sur son territoire (56 députés sur 59) est viscéralement attaché à l’appartenance de l’Écosse à l’Union : si le Royaume-Uni devait quitter l’Europe, l’Écosse demanderait à s’y maintenir ce qui rendrait son indépendance quasi-inévitable.

Dans le reste de l’Union, le résultat de la consultation britannique importera moins que les effets du débat qui aura lieu à l’occasion du référendum.

Toute renégociation du Traité se heurtera en effet mécaniquement à un refus des gouvernements des 27 autres États de l’Union, tétanisés par l’idée d’avoir à rouvrir ce qu’ils considèrent comme une boîte de Pandore. Le débat se concentrera donc probablement sur les protocoles annexés au Traité, qui accordent actuellement des dérogations au Royaume-Uni dans les domaines de la monnaie unique, de la Charte des droits fondamentaux et de l’accord de Schengen. Dans ces matières, Cameron cherchera à élargir ses « opting out ». Plus symboliquement, il chercha à obtenir la suppression, dans le préambule du Traité de l’objectif « d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ».

Dans les autres États membres, les partis souverainistes s’engouffreront dans les revendications du Royaume-Uni, pour tenter de mettre un terme au processus d’intégration européenne. Les autres partis, tiraillés entre partisans et adversaires d’une intégration européenne plus forte, seront soumis à rude épreuve, mais auront du mal à emboîter le pas à des partis ouvertement nationaliste voir xénophobes. En France, la coalition des anciens partisans du « non » aura, 10 ans après, de la peine à s’établir à nouveau.

En particulier parce que le fait que le Royaume-Uni, perçu comme libéral et souverainiste, remette l’Union européenne en cause, fera prendre conscience que l’esprit de la construction européenne n’est pas aussi « ultra-libéral » qu’on le dit, et que l’Union est moins embryonnaire qu’on le prétend. Le débat pourrait en particulier être l’occasion pour les citoyens de découvrir ce que les États ont toujours voulu leur cacher, à savoir que l’Union européenne dispose de la plupart des attributs essentiels d’un État fédéral et que cela constitue un « acquis ».

L’Union européenne a en effet la personnalité juridique ; elle dispose d’une loi fondamentale (le Traité sur l’Union européenne), d’une législation commune dont la primauté est reconnue vis-à-vis des législations nationales, d’un législateur composé de deux chambres :
Parlement européen, élu au suffrage universel, assemblée des citoyens
et Conseil de l’Union, chambre haute représentant les États-membres,
d’un exécutif (la Commission européenne) politiquement responsable devant le Parlement, dont le chef (le Président de la commission) est choisi par la majorité issue des élections législatives, d’une juridiction suprême, la Cour de Justice de l’Union européenne, d’une monnaie unique, d’une banque centrale et d’une diplomatie commune.

Les traits qui atténuent encore la perception de cette réalité quasi-fédérale de l’Union aux yeux des opinions publiques sont l’inexistence d’une défense commune, l’absence d’un impôt européen payé directement par les citoyens européens (encore qu’une partie de la TVA payée par les citoyens finance le fonctionnement de l’Union), et le fait que neuf États-membres sur 28 conservent leur monnaie nationale. La sortie éventuelle du Royaume-Uni pourrait permettre d’avancer dans ces domaines. Or c’était précisément un des arguments de certains partisans du « non » en France, que de refuser une Union insuffisamment fédéraliste. De même, le fait que le Royaume-Uni remette en cause sa participation aux politiques européennes de solidarité (politique régionale, politique agricole, politique de recherche), mettra en lumière leur existence, leur importance et la capacité d’avancer sans le Royaume-Uni dans ces matières.

En définitive, que le Royaume-Uni reste dans l’Union ou qu’il en sorte, sa situation vis-à-vis de l’Union évoluera peu : s’il reste, ce sera dans une position encore plus marginalisée qu’actuellement, s’il sort, probablement sans l’Écosse, il sera contraint, pour pouvoir continuer à commercer avec l’Union et avec l’Écosse, d’accepter les règles du marché unique dont l’Écosse sera sans doute partie intégrante, sans que le Royaume-Uni ait voix au chapitre de l’évolution des règles de l’Union.

Dans le cadre du débat, les opinions publiques et les États, notamment ceux de la zone euro, auront l’occasion de comprendre que depuis 60 ans, l’Europe n’a pas cessé d’être en marche vers une « union sans cesse plus étroite », et que le Royaume-Uni sera de moins en moins en position de s’y opposer.

J’ai fait un rêve

L’autre nuit, j’ai fait un rêve étrange : rêve d’une Europe Unie, dont le Président était Polonais, dont le Premier ministre, désigné par un parlement élu démocratiquement, était issu du plus petit Etat de l’Europe, dont le ministre des affaires étrangères était une jeune femme.

Dans l’Europe de mon rêve étrange on circulait librement, on payait avec une seule monnaie. Cette Europe n’avait pas d’armée, mais elle était leader en protection de la planète et en aide humanitaire.

Au milieu de la nuit, je me suis éveillé et ai réalisé que rêve et réalité se mêlaient.

Je me suis endormi à nouveau. Dans le rêve qui reprenait, j’ai vu le Parlement européen instaurer une taxation sur les spéculations financières, un impôt sur les énergies fossiles et un revenu universel. Dans le rêve qui reprenait, j’ai vu l’Europe s’évertuer à construire, avec les représentants des autres régions du monde, un système démocratique au niveau mondial, capable de trouver des solutions aux questions globales.

Au matin je me suis éveillé, cette fois pour de bon, et ai compris qu’il restait du travail, mais que le chemin à parcourir n’était ni plus long, ni plus difficile que celui déjà parcouru.